Dent dévitalisée: pas d’extraction systématique
Pratique d’un autre âge
À lire certains articles sur le web qui prônent l’extraction systématique des dents dévitalisées, on se croirait revenu au Moyen Âge. Rappelons que pendant des siècles, l’extraction fut l’unique et mutilante réponse au mal de dent. Au départ sommaire, passage d’une aiguille chauffée au rouge dans le canal pour cautériser le nerf, la technique de dévitalisation va peu à peu se sophistiquer. Les travaux de Lister et de Pasteur permettront la mise au point de formules liquides destinées à la désinfection des canaux qui permettront de traiter et de conserver des dents jusqu’alors vouées à l’extraction. Aujourd’hui des techniques de pointe (laser, condensation de gutta chaude) améliorent encore le pronostic des dents dévitalisées.
“Le danger de conserver de telles dents [dévitalisées] est souvent bien plus grave que l’absence de dents” n’hésitent pas à affirmer certains. Mais est-ce si sûr ? Il est déconseillé de se précipiter pour extraire sans soigneusement réfléchir avant.
Primum non nocere
“D’abord ne pas nuire” est le principe absolu qui doit guider le dentiste, comme le médecin, dans son traitement. Face à une dent dévitalisée, la seule question à se poser est donc: vais-je améliorer ou dégrader la santé de ce patient en extrayant ?
Côté amélioration, le dentiste partisan de l’extraction espère libérer le patient des toxines bactériennes générées par la dent dévitalisée. Si ces toxines existent, il faut se demander s’il ne serait pas plus judicieux de renforcer les défenses immunitaires du patient plutôt que d’amputer son capital dentaire. Une série de mesures peuvent permettre de tolérer sans dommages ce surcroît de toxines.
Côté dégradation, il faut savoir que toute extraction altère irrémédiablement l’occlusion et provoque un tassement des mâchoires et de l’articulation qui les relient (ATM). Ce tassement est inévitable et ne peut être que ralenti par la prothèse qui sera posée ultérieurement. Les conséquences de cet affaissement sont nombreuses, à la fois sur l’articulation des mâchoires (craquements, douleurs, ressauts) et sur la posture dont les chaînes musculaires se contracturent pour s’adapter, créant une vrille nuisible au fonctionnement du système ostéo-articulaire.
Ceci ne veut pas dire qu’il ne faut jamais extraire mais que toute extraction doit être soigneusement pesée en regard des dommages créés et des avantages espérés.
Et surtout, il existe des mesures prioritaires à prendre avant d’extraire pour améliorer la santé (article sur le site Holodent).
Attention: la présence des dents de lait est essentielle aux développement des mâchoires. Il ne faut jamais extraire de dent chez l’enfant ni chez l’adolescent, sauf nécessité absolue. Si néanmoins l’état de la dent rend l’extraction nécessaire, il est impératif de poser un mainteneur d’espace afin d’éviter que les dents voisines ne se rapprochent créant ainsi de graves problèmes d’encombrement. Le principe et la mise en œuvre du mainteneur d’espace est expliqué dans le Pratikadent à la rubrique Enfant.
Publié le 13 août 2008 dans la catégorie Divers.
Commentaires: aucun commentaire

Réagir à cet article