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La biocompatibilité des matériaux dentaires, l’enjeu du XXIe siècle

Du plomb dans les dents

Au cours des siècles passés, la biocompatibilité des matériaux dentaires n’a jamais été la préoccupation des dentistes. Tout simplement parce qu’ils n’avaient pas le choix. Parmi les matériaux utilisés pour obturer les dents, l’or fut de tout temps le plus stable et le mieux toléré. Malheureusement son coût élevé limitait son utilisation à une fraction aisée de la population. Pour les autres, c’est à dire la majorité de ceux qui pouvaient se faire soigner les dents, c’est avec du plomb (du plomb véritable) que l’on comblait les cavités dentaires creusées par la carie. Très réactif en bouche, le plomb s’oxydait rapidement au contact de la salive et intoxiquait le porteur avec les particules de plomb libérées par corrosion. Responsable de graves troubles neurologiques, l’intoxication au plomb est connue sous le nom de saturnisme.

Du plomb au plombage

Le plomb fut employé jusqu’au dix-neuvième siècle. Dans les années 1830, il fut remplacé par un autre matériau, l’amalgame dentaire, encore connu sous le terme de plombage. Composé pour moitié de mercure, l’amalgame est certes moins toxique que le plomb, mais loin d’être biocompatible pour autant. Des études in vitro ont montré sa haute toxicité cellulaire. De nombreuses études par prélèvements, tant chez l’animal que chez l’homme, ont montré la capacité de l’amalgame à relarguer des particules métalliques (mercure en particulier) qui s’accumulent dans les tissus (rein, cerveau, foie, etc.) et franchissent la barrière placentaire pour contaminer le fÅ“tus. En dépit de ces nombreuses études*, le plombage au mercure continue d’être majoritairement employé en dentisterie.

La décision de la Norvège d’interdire le mercure et la polémique autour de la maladie d’Alzheimer dont l’amalgame dentaire pourrait être un des principaux facteurs étiologiques, relance le débat de la biocompatibilité des matériaux dentaires.

Autres toxiques

On aurait tort de croire cependant, que le plombage est le seul matériau à poser problème. Le nickel, hautement allergisant et reconnu par le CIRC (Centre international de Recherche sur le Cancer) comme cancérogène probable pour l’être humain est majoritairement employé en dentisterie. Le titane employé en implantologie n’est pas aussi neutre que les laboratoires voudraient le faire croire.

Dans un domaine voisin, des laboratoires commercialisent des pâtes hautement toxiques destinées à obturer les canaux des dents dévitalisées. C’est le cas des pâtes qui contiennent des dérivés formolés dont les effets allergisants ont été rapportés dans la littérature scientifique*. C’est également le cas des pâtes à base de résines époxy dont la haute toxicité cellulaire a été démontrée par de nombreuses expériences in vitro*, ce qui n’empêche pas les laboratoires d’affirmer leur biocompatibilité.

Bonnes résolutions

À l’avenir, il est indispensable de mettre en place au niveau européen des tests de toxicité pour tout matériau dentaire (tests de cytotoxicité, immunotoxicité, génotoxicité, tératogénicité,…) avant toute mise sur le marché, afin de protéger la population. L’innocuité devrait désormais devenir le premier critère de choix d’un matériau dentaire, comme elle aurait toujours dû l’être…” conclut Hyman Schipper à propos de l’implication probable du plombage dentaire dans la maladie d’Alzheimer.

Certes, l’intention est louable. Mais comment la mettre en pratique alors que les matériaux dentaires, contrairement aux médicaments, ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché ? Cela signifie concrètement que ce n’est pas au laboratoire de faire la preuve de l’innocuité du matériau ou du produit qu’il commercialise mais au patient de démontrer sa toxicité. En clair, les laboratoires ont tout pouvoir, y compris celui de contredire des études scientifiques démontrant la toxicité de leur produit. Il faudrait donc réformer la législation européenne pour que les produits et matériaux dentaires soient soumis aux mêmes règles que les médicaments. On comprends que les laboratoires ne voient pas d’un bon Å“il une telle réforme de la loi.

S’informer

Si le XIXe siècle fut celui du plomb, le XXe celui du plombage, le XXIe siècle sera peut-être celui de la biocompatibilité. En attendant que la législation change, si elle change un jour, c’est au patient de se montrer vigilant, de s’informer et de sélectionner les produits les mieux tolérés.

Le Pratikadent, dictionnaire holistique des atteintes dentaires et de la biocompatibilité des soins s’avère à cet égard un guide précieux qui éclaire un domaine encore opaque, celui de la biocompatibilité des matériaux.

* Voir la bibliographie sur le site des éditions Luigi Castelli